JE TRACE AUTOUR DE TOI - 2025
Tu es née dans un monde
qui demande encore trop souvent
aux filles de se taire doucement,
de comprendre avant de choisir,
de porter la marde des autres
en appelant ça maturité.
Bunny je peins sur toi.
Je peins sur toi.
Je peins sur ton poil.
Je peins sur la fourrure blanche
qu’on croit douce
et vulnérable.
Je peins sur la fourrure,
ça accroche,
ça colle,
ça pénètre entre les fibres.
Je peins
Pour que tu saches
que tu n’as pas à t’adapter
à une injustice
pour y survivre.
Le monde te parlera de compromis,
de patience,
de tolérance.
Apprends-les, oui
mais jamais au prix
de ta dignité.
Je peins.
Encore.
Encore.
Sur le poil trop tendre.
Sur la douceur exposée.
Sur ce que le monde pense
pouvoir attraper sans conséquence.
Tu as le droit
à une voix claire,
à des idées fortes,
à un corps respecté,
à un avenir choisi.
Ta colère,
quand elle existe,
n’est pas un défaut :
c’est une intelligence
qui refuse le mensonge.
Ta douceur
n’est pas une faiblesse :
c’est une force politique
dans un monde
qui brutalise trop vite.
Je peins.
Je peins pour salir le mythe
du lapin fragile.
Tu viens d’une histoire
où des femmes ont tenu
dans le silence,
ont créé, aimé, résisté,
même quand le monde
refusait de les voir.
Je peins sur toi, Bunny.
Sur la fourrure.
Sur la surface.
Je peins sur toi
une vie où tu n’auras pas
à t’excuser d’exister,
où tu pourras dire non
sans peur,
sans honte.
Tu n’es pas née
pour être pratique,
ni docile,
ni rassurante.
Tu es née
pour être libre.
Je peins sur toi une armure.
Je te protège de la suite.
Les amours violents,
ce n’est pas une chicane.
Ce n’est pas un dérapage.
C’est un contrôle. Point.
Ça commence par surveiller,
isoler,
faire douter,
faire taire.
Ça commence sur les femmes.
Et ça finit
dans les yeux d’un enfant
qui apprend trop tôt
que l’amour peut faire peur.
Alors je trace.
Je lance la couleur
avant que ça s’installe.
Les amours violents
ne disparaissent pas
quand on se sépare.
Ils laissent des traces.
Dans la mémoire.
Dans les gestes.
Dans la façon d’aimer.
La violence,
elle commence dans les mots.
Une remarque.
Une critique.
Un soupir qui coupe.
Un « t’exagères ».
« t’es trop sensible ».
« sans moi, t’es rien ».
Ces phrases-là,
ça cogne plus fort qu’une porte qui claque.
Alors je trace.
Je lance la couleur.
Avant que
ça s’installe dans les gestes,
subtils,
cachés,
dilués dans l’excuse.
Une main qui retient,
un bras qui pousse,
un mur qui devient un témoin.
Les amours violents,
c’est jamais juste un hit-and-run.
C’est une guerre psychologique.
Les amours violents
te défont avant même que tu comprennes
que t’étais complète.
Je peins sur toi
La suite se termine ici.
Ici,
je coupe la couleur
Je casse la ligne qui voulait continuer.
Je peins sur toi une armure
pour que l’histoire ne se répète pas.
Pour que les échos s’arrêtent
avant d’entrer dans ton corps.
La suite se termine ici.
Sur ta fourrure douce,
je trace une limite.
Sur ton petit dos,
je dépose un bouclier de couleur.
Je peins.
Je trace.
Je décide.
La suite
ne passera pas par toi.
Bunny,
Tu n’as pas à survivre à ça.
Alors je peins sur toi.
Sur ta fourrure.
Je trace un périmètre autour de toi.
Pas une cage.
Une limite claire.
Je trace pour que personne
ne confonde ton silence
avec une permission.
Je spray la couleur
comme un acte politique.
Je peins ton espace.
Je trace ta frontière.
Je scie en deux la version
qui voudrait te convaincre
que l’amour doit faire mal
pour être vrai.
Je crie NON.
Tu n’es pas née
pour porter la peur de quelqu’un d’autre.
Tu n’es pas née
pour te rétrécir.
Tu es née
pour occuper l’espace.
J’écris sur toi:
Ta liberté n’est pas une faveur,
c’est un droit
transmis.
Je marcherai toujours
du côté de ce droit,
avec toi,
ou un pas derrière,
si tu préfères.
Je serai là.
toujours.
Là.
À tracer.
À peindre.
À tenir la ligne.
Je peins pour que la douceur
cesse d’être une proie.